Il y avait foule au manoir de Jean Tardieu

© Les Amis de Monsieur
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Il y avait foule au manoir…        

                                                     
Et autres fantaisies à 4 mains
Genre: saynètes burlesques                                                                                            
Textes de Jean Tardieu.
Cie Les Amis de Monsieur. Mise en scène : Christian Chamblain. Interprétation : Corinne Calmels et Jean-Paul Bibé.

« Il y avait foule au manoir » ce soir-là. On pouvait y croiser du beau monde, du bourgeois, de la noblesse, des enfants, des amoureux transis: »Oswald et Zénaïde ». On y changeait « Un mot pour un autre ». Valsez, chantez mais « Finissez vos phrases ». Ce qu’ils y faisaient? « Eux seuls le savent ». Il y avait foule au manoir ce soir-là…

Préambule:Deux interprètes, vingt et un personnages, un auteur, un metteur en scène.C’est une folie, une envie, l’envie folle de deux comédiens – Corinne Calmels et Jean-Paul Bibé – de s’amuser tous les deux, de jouer, de jouer à jouer, comme le font les enfants dans la cour de récré. L’idée est séduisante, moi aussi je veux jouer avec eux… On se monte notre équipe, « – Vous deux vous jouerez sur scène, moi, je m’amuserai à vous inventer les règles du jeu ». L’auteur c’est Jean Tardieu, poète, écrivain, dramaturge. Son écriture est intemporelle, ses mots nous sonnent à l’oreille comme s’ils étaient frais du jour. Tant mieux, c’est bon pour notre jeu. Les textes sont choisis : « Oswald et Zénaïde », « Il y avait foule au manoir », « Eux seuls le savent », « Un mot pour un autre » et « Finissez vos phrases ». Nous lisons, relisons, lisons de nouveau, pour enchaîner par une autre lecture et encore une autre. Une petite dernière, afin que je garde en mémoire la musique des mots et le timbre de la voix de Corinne et de Jean-Paul. Vingt et un personnages

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donnent vingt et une voix différentes, vingt et un comportements différents, il nous faut les trouver, les travailler, les accorder entre elles comme les différents instruments d’un orchestre.On se sépare en ayant calé un calendrier de répétitions. Chacun son boulot, eux deux, ils apprennent, moi, « j’invente » une mise en scène.Contexte:L’idée est simple : – on sert le texte au plus près tout en donnant le maximum dans l’interprétation. Le tout dans un décor minimaliste (mais pas misérabiliste) et profitant de l’intemporalité de l’écriture, pas de costumes, pas de perruques, pas de superflu, pas de tape-à-l’œil du spectateur ! De la retenue dans l’apparence, de l’exubérance dans le contenu.

Vingt et un personnages, onze féminins, dix masculins. C’est énorme ! Corinne a deux envies supplémentaires : interpréter des rôles masculins et de ce fait Jean-Paul nous fera offrande de sa part de féminité et de plus, Corinne  veut chanter. Adoption de ces deux bonnes idées. Notes : Plusieurs de ces textes impliquent voire imposent l’usage de portes – on entre, on sort, on « vaudeville ». Il y aura donc porte ! Une seule suffira. En l’orientant sur 3 positions – de face, ouverture à droite, ouverture à gauche (entrée, placard, service)- le décor d’ « Il y avait foule au manoir » est créé. Chaque personnage évoluant adroitement autour de cette porte. « Oswald et Zénaïde » sont 2 personnages attachants,

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à la fois simples et compliqués. Simples dans ce qu’ils disent, compliqués par ce qu’ils pensent. L’idée est de décliner en 3 versions cette ambiguïté. La 1ère -juste le dialogue parlé (simples)- en appuyant sur les déplacements des personnages, centrés sur le bas du corps à travers la partie inférieure de la porte. La 2ème version (simples aussi) le dialogue presque mimé par une seule main de chaque comédien et de chaque côté de la porte. La 3ème (compliqués) mêle dialogue et pensées. Les comédiens sont de chaque côté de la porte qui devient elle-même le 3ème personnage de la pièce, seulement éclairés par 2 lampes torches. « Un mot pour un autre » est une histoire classique du théâtre français ( « -Ciel mon mari… »). Trame simple et dialogue compliqué parce les mots ont été changé par d’autres. Le « plus » de cette version est que les comédiens jouant tous les personnages, se partagent parfois le même personnage à des moments différents, sans quitter le lieu ni franchir la porte, présente également. 1 banc double (de face et de dos) leur permet en se déplaçant sur 4 positions de changer à vue et d’effectuer leur transformation. « Finissez vos phrases » est un texte difficile à appréhender en l’état. Il faut y mettre un grain de folie. Curieusement cette folie sera intérieure, comme un repos entre deux éclatements, comme un répit, comme une transition, comme une histoire d’amour. Car c’est de cela dont il s’agit, d’une histoire d’amour faite de pudeur, de non-dit, toute en retenue. Alors peu de gestes, peu de mouvements, beaucoup de regards, quitte à oublier le monde qui entoure ces deux-là, quitte à suggérer le troisième personnage sans que jamais on ne le voie. Artifice ? Peut-être, intensité amoureuse, certainement.Pour « Eux seuls le savent », j’ai voulu plonger dans le monde de l’enfance en imaginant le dialogue entre 2 personnages réels au comportement « marionnettistique » et 2 marionnettes « humanisées ». A l’inverse de la 1ère version d’Oswald…, c’est le bas de la porte qui servira de castelet pour le jeu des marionnettes qui seront interprétées par les mains nues des 2 comédiens.Au spectateur de se laisser emmener loin…

Christian Chamblain

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